Manifeste

L'afroprésentisme

Réussir dans un monde qu'on ne cherche plus à changer.

Il existe aujourd'hui une forme particulière de pensée africaine dont on parle encore très peu. Elle n'a pas de parti. Elle n'a pas de manifeste. Elle n'a pas besoin de se déclarer. Elle est partout.

Le miroir

Est-ce que je suis afroprésentiste ?

Coche ce qui te ressemble. Rien de tout cela n'est mauvais. Le problème est ailleurs.

L'afroprésentiste ne cherche plus à changer le monde. Il cherche à y trouver sa place.

Il peut critiquer le capitalisme. Dénoncer le colonialisme. Parler de souveraineté. Défendre la culture africaine. Porter le Ndop. Mais lorsqu'il imagine son avenir, il revient presque toujours aux mêmes coordonnées.

Le raisonnement

Le monde tel qu'il est est devenu le seul monde possible

Le capitalisme existe.

Donc il faut apprendre à y réussir.

Le marché existe.

Donc il faut apprendre à y être compétitif.

La propriété existe.

Donc il faut acheter.

La richesse existe.

Donc il faut accumuler.

La concurrence existe.

Donc il faut devenir meilleur que les autres.

La culture existe.

Donc il faut la valoriser — c'est-à-dire vendre.

La prison invisible

Le plus puissant dans un système n'est pas sa capacité à nous contraindre.

C'est sa capacité à nous faire désirer ce qu'il attend de nous.

C'est là que la pensée de Deleuze et Guattari devient troublante. Le capitalisme ne fonctionne pas seulement parce qu'il nous exploite. Il fonctionne aussi parce qu'il produit des désirs.

La maisonLa voitureLe diplômeLe salaireL'entrepriseLe patrimoineLa réussiteLa visibilitéLa reconnaissance

Et nous appelons cela naturellement nos rêves. Mais certains de ces rêves sont peut-être des rêves que le système a appris à rêver à notre place.

La question politique n'est pas seulement « qui nous gouverne ? ».
C'est : qu'est-ce qui nous fait désirer ce que nous désirons ?

La grande capture

Trois choses qui ont changé de nature

La maison

Avant — Un lieu où l'on habite.

Aujourd'hui — Un investissement, un patrimoine, un actif, une garantie, une réserve de valeur.

Habiter et posséder se sont confondus.

L'entreprendre

Avant — Créer quelque chose : une puissance de liberté.

Aujourd'hui — Chacun doit devenir son propre entrepreneur, chaque talent une marque, chaque activité monétisable.

Quelque chose s'est déplacé.

La culture

Avant — Une pensée, une organisation, une manière de vivre ensemble.

Aujourd'hui — Des événements, des marques, des produits, des sponsors. Le Ndop porté dans des espaces pensés par le marché.

Comment prétendre préserver une culture tout en acceptant que sa valeur soit définie par le marché ?

Ce qu'il faut réapprendre

Le capitalisme n'est pas l'état naturel de l'humanité

Il n'a pas toujours existé. Il a une histoire. Il est apparu dans des circonstances particulières. Il s'est transformé, et il transforme les sociétés. Il n'est donc pas une loi de la nature. Et ce qui a commencé peut un jour être dépassé.

Cette idée paraît radicale simplement parce que nous avons perdu l'habitude d'imaginer ce qui pourrait venir après.

Ce que nous imaginons facilement

  • Une nouvelle application
  • Une nouvelle banque
  • Une nouvelle voiture
  • Une nouvelle plateforme
  • Une nouvelle startup

Ce que nous imaginons difficilement

  • Une nouvelle manière d'habiter
  • Une nouvelle manière de produire
  • Une nouvelle manière de partager
  • Une nouvelle manière de décider
  • Une nouvelle manière de transmettre
  • Une nouvelle manière de vivre ensemble

Nous savons extraordinairement bien innover à l'intérieur du système. Nous avons beaucoup plus de mal à imaginer un autre système.

La bascule

C'est là que commence l'Afrofuturisme

Ce n'est pas simplement l'Afrique dans le futur. Ce n'est pas mettre des robots à côté du Ndop. Ce n'est pas décorer le futur avec des symboles du passé.

L'Afrofuturisme commence lorsque nous cessons de considérer le présent comme notre destin.

Certaines sociétés africaines ont produit des formes particulières de solidarité, d'alliance, de transmission, de propriété, de responsabilité collective et de rapport au vivant. Nous n'avons aucune raison de les reproduire telles quelles. Mais nous avons toutes les raisons de nous demander ce qu'elles peuvent encore nous apprendre.

Le passé n'est pas un modèle. Il est une matière première. Notre culture peut devenir une puissance d'invention.

Faire l'expérience « Qu'est-ce que tu optimises ? »

Le Cameroun n'a pas seulement besoin de talents

Il a besoin de talents capables d'imaginer autrement

Comment réussir ?

Qu'est-ce qui mérite d'être changé ?

Comment créer de la richesse ?

Qu'est-ce qu'une société devrait considérer comme richesse ?

Comment valoriser notre culture ?

Que peut encore produire notre culture comme pensée, comme organisation et comme futur ?

Quelle place obtenir dans le monde ?

Quel monde voulons-nous contribuer à fabriquer ?

Talents Coalition est un mouvement politique

La politique ne commence pas par une élection

Elle commence lorsque des hommes et des femmes cessent de considérer l'ordre existant comme naturel. Lorsque nous retrouvons la capacité de désirer autrement. Lorsque nous sommes capables de concevoir des institutions qui n'existent pas encore. Lorsque nous transformons nos idées en expériences. Et seulement ensuite, peut-être, en politiques publiques.

Faire avant de promettre

Expérimenter avant de légiférer

Démontrer avant de gouverner

Imaginer avant de construire

Notre problème n'est pas que nous voulons trop.

C'est que nous avons peut-être appris à vouloir trop peu.

Nous ne voulons pas d'une Afrique qui demande simplement « donnez-nous une meilleure place dans le système ».

Nous ne cherchons plus seulement notre place dans le monde. Nous voulons participer à la fabrication du prochain.