Talents Coalition — Texte inaugural

L'afroprésentisme

Réussir dans un monde qu'on ne cherche plus à changer

Il existe aujourd'hui une maladie silencieuse de la pensée africaine.

Elle n'a pas de parti politique, pas de statuts déposés, pas d'état-major. Elle n'a besoin d'aucun manifeste : elle s'est déjà installée partout.

Elle parle par la bouche de l'entrepreneur obsédé par sa marge. Par celle de l'acheteur qui transforme son foyer en garantie bancaire. Par celle du cadre qui monétise son réseau, du diplômé qui ne rêve que de visa, du repat qui revient pour capter sa part du gâteau, du parent qui prépare ses enfants à la guerre économique mondiale.

Rien de tout cela n'est coupable en soi. Vouloir vivre dignement, se protéger et nourrir les siens est une nécessité élémentaire.

Le drame est ailleurs : nous avons capitulé devant l'évidence du présent.

  • Le capitalisme mondial domine ? Alors il faudrait devenir plus impitoyable que lui.
  • Le marché dicte la valeur ? Alors il faudrait apprendre à tout coter en bourse.
  • La propriété individuelle enferme ? Alors il faudrait acheter chaque mètre carré de terre.
  • La compétition broie le collectif ? Alors il faudrait éliminer le voisin.
  • La culture résiste ? Alors il faudrait la packager pour la vendre.

C'est cette abdication politique que nous nommons l'afroprésentisme.

L'afroprésentiste peut sincèrement aimer l'Afrique. Il peut arborer fièrement le Ndop, dénoncer l'impérialisme occidental sur les réseaux, citer Thomas Sankara et célébrer la grandeur de nos traditions.

Mais dès qu'il s'agit de concevoir l'avenir, ses logiciels intimes sont ceux de Wall Street. Ses horizons ultimes restent l'accumulation, la rente, la distinction sociale et la marchandisation générale.

Il ne cherche pas à transformer l'ordre des choses : il cherche simplement un siège confortable dans la salle des maîtres.

La colonisation du désir

Le système capitaliste ne tient pas seulement par les armes, la dette ou les institutions financières internationales. Il tient parce qu'il a réussi le plus grand hold-up anthropologique de l'histoire moderne : capturer nos désirs.

Le système ne nous dicte pas seulement quoi acheter ; il nous apprend quoi rêver.

  • La maison, qui était le sanctuaire de la famille et du repos, devient un « actif patrimonial ».
  • L'art et la mémoire, qui étaient des liens sacrés avec l'invisible et la cité, deviennent des « produits d'appel ».
  • Le génie créateur, qui émancipait, devient une « marque personnelle » à monétiser.

Nous croyons poursuivre nos propres ambitions. Nous ne faisons qu'exécuter le programme rédigé par d'autres. L'esclavage contemporain n'a plus besoin de chaînes visibles dès lors que la victime aspire exactement aux mêmes trophées que son exploiteur.

Le capitalisme n'est pas un ordre naturel

Il faut marteler cette vérité historique : le capitalisme n'est ni la nature humaine, ni le destin de la planète.

C'est une construction politique, matérielle et intellectuelle datée. Il a eu une naissance, il subit des crises, il connaîtra une fin.

Ceux-là mêmes qui ont imposé cette machinerie à l'Afrique par le fer et le sang voient aujourd'hui leur propre modèle chanceler. L'Occident asphyxié cherche des portes de sortie, explore les communs, théorise l'après-croissance et prend acte de l'impasse écologique absolue de l'accumulation infinie.

Pourquoi devrions-nous nous battre pour obtenir une place de choix dans un navire en train de couler ?

L'Afrique n'a pas à devenir la meilleure élève d'un modèle agonisant. Notre responsabilité envers nous-mêmes et envers le monde est de rouvrir les brèches du futur.

L'afrofuturisme comme acte politique

L'afrofuturisme authentique n'est pas un gadget esthétique. Ce n'est pas coller des néons de science-fiction sur un masque fang ou faire défiler des mannequins en pagne au milieu de gratte-ciels en verre.

L'afrofuturisme est une rupture méthodologique radicale :

  • Refuser que demain soit la simple suite logique d'aujourd'hui.
  • Cesser de demander l'aumône d'un strapontin dans le concert mondial.
  • Activer nos matrices traditionnelles de pensée — nos solidarités, notre rapport au vivant, l'exogamie, l'inaliénabilité du sol — non pas comme des reliques de musée, mais comme des technologies sociales pour l'avenir.

Le passé n'est pas un sanctuaire où s'enfermer. C'est une matière première pour inventer ce qui n'a pas encore de nom.

L'heure de la coalition

Le Cameroun ne manque ni d'ingénieurs, ni de financiers, ni de commerçants. Il étouffe sous le poids d'une classe dirigeante et d'une élite économique qui ont troqué l'imagination politique contre la gestion de rentes immédiates.

Nous ne voulons plus de gestionnaires de l'ordinaire. Nous cherchons les esprits lucides qui refusent de capituler.

Talents Coalition est un mouvement politique.

Nous ne commençons pas par quémander des suffrages ou promettre des miracles administratifs. Nous commençons là où toute véritable révolution commence : par la reprise en main de nos imaginaires.

Nos principes sont clairs :

  • Imaginer avant de construire.
  • Faire avant de promettre.
  • Expérimenter avant de légiférer.
  • Démontrer avant de gouverner.

Notre problème collectif n'est pas d'avoir visé trop haut. C'est de nous être résignés à viser trop bas.

Nous ne cherchons plus notre place dans le monde ancien.

Nous venons fabriquer le monde d'après.

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